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    FSM: Le Courrier 29.1.2009 PDF Imprimer Envoyer
    Vendredi, 30 Janvier 2009 20:58

    «Le monde ne réalise pas la valeur des Indiens pour la planète»

    Paru le Jeudi 29 Janvier 2009

    Propos recueillis par Rachad Armanios   

    BELÉM - Hier, le Forum social mondial donnait la parole aux peuples amazoniens. Une mosaïque culturelle et politique que le Suisse Silvio Cavuscens connaît bien.
    Victimes du déboisement de l'Amazonie, ses habitants ancestraux en sont les meilleurs gardiens. Hier, la seconde journée du Forum social de Belém était consacrée aux peuples autochtones, dans le but de faire écho à leurs revendications. Entretien avec Silvio Cavuscens, directeur du Service de coopération avec le peuple Yanomami

    Depuis 1988, la Constitution octroie des droits aux Indiens. Cela s'est-il traduit dans la pratique?

    Silvio Cavuscens: Dans les années 1980, avec l'appui d'ONG et de l'Eglise, les organisations indiennes se sont renforcées et ont obtenu l'inscription de droits dans la Constitution. Ils ont quitté le statut de population sous tutelle et gagné le droit à des territoires, à l'usage des ressources naturelles ainsi qu'à la protection de l'Etat. De plus, on a reconnu que leur ethnicité ne niait pas leur citoyenneté brésilienne. Ces grandes victoires devaient encore être concrétisées. Or la question indienne a été morcelée dans les différents ministères, sans politique commune. La plus grande contradiction consiste dans l'obligation de protéger leurs territoires et le fait d'y développer des projets économiques. C'est une des raisons de la démission (en mai 2008, ndlr) de la ministre de l'Environnement, Marina Silva.

    Les mouvements indiens sont dans le creux de la vague, dites-vous?

    Les mauvaises politiques publiques –ou simplement leur absence– et les tentatives de soudoyer des leaders ont affaibli certaines organisations. Pour s'adapter aux lois brésiliennes et recevoir des fonds, les organisations ont dû se structurer selon le modèle des ONG. Elles n'ont pas toujours su gérer les fonds et la reproduction d'un schéma hiérarchique de pouvoir, illégitime selon leur propre modèle, a causé de grandes frictions entre les peuples. Cela a été le cas au sein de la Coordination des organisations indigènes d'Amazonie brésilienne (COIAB) où j'ai travaillé durant dix ans comme conseiller. L'autre problème est que le versement des fonds ne s'accompagnait pas de la formation des responsables, en particulier dans la politique de transfert de la gestion de la santé. Ce sont là des défis de taille à relever.

    Vous semblez pessimiste?

    L'Amazonie brésilienne compte 170peuples pour 750 000 Indiens, dont 450 000 vivent dans les territoires traditionnels. On ne peut pas généraliser. Des peuples ont disparu ou sont en train de disparaître. D'autres ont une capacité de résistance et d'organisation phénoménale. De manière générale, celle-ci a permis aux Indiens de s'implanter dans toutes les instances gouvernementales traitant de leur question et à établir des partenariats au niveau international qui, malheureusement, sont en train de s'effondrer pour des problèmes de gestion. Au niveau local, il y a eu des victoires impressionnantes. L'Etat du Roraima, où je travaille avec les Yanomami, est totalement anti-Indien, du gouverneur à la classe bourgeoise, en passant par les plus pauvres qui ont pourtant du sang indien dans leurs veines. Malgré cela, leur fermeté politique en tant que collectivité leur a permis de définir une éthique. Ils ont choisi ce qu'ils voulaient conserver ou rejeter de la société brésilienne, défini leurs relations avec les non-Indiens, formé des agents pour les questions de santé, d'éducation, d'environnement. Ailleurs, dans le Haut Rio Negro, un préfet indien a pu se faire élire!

    Quelles menaces planent sur les Indiens?

    Leurs réserves représentent 20% de l'Amazonie, presque 10% du Brésil! Elles sont très convoitées pour leurs richesses.

    Comment la colonisation de la terre se passe-t-elle?

    L'Amazonie est une terre sans lois, où les politiciens sont souvent eux-mêmes de grands propriétaires qui facilitent ou provoquent les invasions et le déboisement pour les monocultures ou les exploitations minières. Un jour, une délégation officielle, avec des membres de l'administration fédérale, devait évaluer la situation dans une aire indienne. Les autorités locales, les commerçants, la population les ont encerclés dans leur hôtel et menacés! Face à l'extrême violence du processus d'exclusion qui frappe les populations traditionnelles, certains peuples résistent. Chaque année, des dizaines de leaders sont assassinés. Les massacres peuvent être plus subtils, par le contact avec les non-Indiens. Dans la vallée du Javary, l'hépatiteD cause une hécatombe dans l'indifférence générale. Beaucoup n'ont pas de quoi se nourrir ou se soigner.

    Qu'attendent les Indiens du FSM?

    Il est une chance pour mettre en évidence des enjeux très sérieux. Dont celui de l'aire indigène de la Raposa Serra do Sol, dans le Roraima, qui a subi l'invasion de six grands planteurs de riz, directement appuyés aux plus hauts niveaux politiques sous prétexte du développement de la région. L'affaire est allée devant la Cour suprême fédérale. Une partie des juges a confirmé la continuité du territoire, mais d'autres, qui viennent de rendre leur verdict, ont interprété la loi d'une nouvelle façon, décidant que les droits immémoriaux ne seraient plus reconnus. C'est un risque terrible pour l'ensemble des peuples indiens, car il ne faudra plus les consulter pour implanter un projet sur leurs terres.

    Mardi, ils ont lancé un SOS pour sauver l'Amazonie?

    Ils demandent une reconnaissance de leurs droits et la solidarité face au dénigrement dont ils font l'objet. Ils veulent démontrer l'importance de la question indienne, non seulement pour l'Amazonie, mais pour la planète. En terme d'exploitation rationnelle de la forêt, les 20% habités par les autochtones sont les mieux préservés. Le monde ne connaît pas la richesse des Indiens, leur diversité et leur valeur pour le futur de l'humanité.

     

     

    Le meilleur des alliés

    Rachad Armanios

    Silvio Cavuscens, Genevois originaire de Fribourg, garde la tête sur les épaules. Après trente-cinq ans en Amazonie, dont une trentaine à côtoyer les peuples indigènes, il pourrait sans fausse modestie se considérer comme l'un des leurs. Mais il ne cherche pas à se déguiser en Indien. Il sait quelle est sa place: «Le but est de trouver la meilleure façon d'être leur allié, pas de leur ressembler. Je suis Brésilien de coeur et j'ai une relation très claire avec la Suisse, ça n'a pas été toujours le cas, car j'ai peut-être dû renier mes origines pour avoir la force de vivre ici.» Silvio Cavuscens, 53ans, est arrivé au Brésil à 18ans. «Je suis tombé amoureux du pays et des gens. J'ai voyagé plusieurs années tout seul, à la rencontre des Amazoniens. Peu à peu, j'ai découvert la réalité des caboclos (métis) en partageant leur quotidien, puis celui des Indiens. J'ai bossé comme marin, mécano, serrurier, guide touristique, j'ai fabriqué des briques...» Son premier contact avec les indigènes date de 1978, dans l'Amazonie péruvienne où il a vécu une année avec les Yaguas, près de la source d'une rivière. «Je suis arrivé tout seul avec mon bateau. Au début, ils m'ont rejeté et j'ai dormi quinze jours dans ma pirogue. J'ai eu des premiers contacts avec les enfants, avec qui je me baignais et jouais. Puis j'ai presque tout perdu dans un naufrage. Ils m'ont aidé et le chef m'a invité à habiter dans le village. Une famille m'a adopté. Dès lors, j'ai participé à toutes leurs activités, la chasse, la pêche, le fêtes.»

    Il apprend aussi à connaître leur mode de vie, fondé sur la collectivité. «Les Indiens vivent au jour le jour, sans rechercher le cumul ou la production de richesses. Les Yanomami avec qui je travaille aujourd'hui ont un système fantastique de redistribution des biens. Car la reconnaissance du pouvoir passe par la capacité à offrir. Un grand leader doit aussi être un bon orateur, capable de convaincre la collectivité, qu'il ne dirige pas mais oriente. Les chefs sont dotés d'un énorme bon sens et d'une grande connaissance.» Parmi les Yagua, il réalise aussi leurs difficultés et comment les rapports inégaux avec les non-Indiens s'établissent. «Cette expérience m'a donné l'envie de faire quelque chose.» C'est au Brésil qu'il commence son travail d'indigéniste, auprès des Chicunas. Peu à peu, il structure le travail avec une petite équipe et son ex-compagne. Aujourd'hui, après avoir travaillé dix ans à la COIAB (lire ci-dessus), il est devenu un spécialiste du lobby politique en faveur des Indiens et un conseiller d'une grande acuité. Vivant à Manaus, il défend aujourd'hui les intérêts des Yanomami dans l'Etat du Roraima, parcourant des distances impressionnantes en bateau, en pirogue ou en avion pour rencontrer les populations ou se rendre à la capitale. Son travail n'a jamais été facile et il est au moins autant détesté que les Indiens: «On m'a menacé, on a promis de brûler ma maison, je me suis fait casser la gueule.» Mais l'homme sait quelle limite ne pas franchir face aux prédateurs qui convoitent les richesses naturelles, en particulier les chercheurs d'or auxquels les Yanomami ont affaire, qu'ils soient très organisés ou de pauvres migrants expulsés de leur terre. Ils polluent les rivières avec le mercure qui sert à agglomérer les paillettes et importent une économie parallèle où tout se paye en gramme d'or: prostitution, commerce illégal, corruption. Ils divisent les communautés locales en engageant des auxiliaires indiens, leur transmettent des maladies, abusent des femmes.

    Parfois, quand des membres de la communauté sont tués et que l'Etat ignore les appels, les Indiens se font justice eux-mêmes. C'est dans cette réalité brutale que le cuir de Silvio Cavuscens s'est épaissi. Mais il connaît sa place et ne joue pas au shérif. RA

     

     

    Alliance mondiale pour l'Amazonie

    CO/Agences

    Les Indiens des neuf pays amazoniens ont appelé mercredi à Belem à forger une alliance mondiale pour mettre fin au pillage de la forêt et protéger leur mode de vie. Un rituel en hommage à la Terre-mère sur le campus de l'Université fédérale du Pará, situé sur les bords du fleuve Guama, a donné le coup d'envoi à cette Journée pan-amazonienne destinée également à amplifier le dialogue entre les peuples de la région, notamment indigènes et afro-américains.

    Le respect des droits territoriaux et culturels des peuples originaires passe par une société moins marchande, «moins de pollution et la création d'Etats pluriethniques», a déclaré le Péruvien Miguel Palacin, de la Coordination des organisations indigènes (Caoi). «Cela signifie également pouvoir choisir le modèle de développement que nous souhaitons», a-t-il ajouté.

    La plus grande forêt tropicale joue un rôle essentiel dans l'équilibre climatique de la planète. Elle a déjà perdu 17% de sa surface originelle, sous la pression de la puissante agro-industrie et de l'exploitation forestière. Selon le scientifique brésilien Adalberto Verissimo, si les déboisements atteignent 30% de l'Amazonie, «on entrera dans un processus irréversible et les conséquences seront catastrophiques pour la vie sur la planète Terre», a-t-il dit, en appelant à «prendre d'urgence des mesures pour contenir la déforestation».

     

     
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    Pascal

    Pascal : "Les Peuples autochtones sont notre passé et notre future"

    Pascal est né à Bâle, où il a étudié l'ethnologie. Il a travaillé entre 1998 et 2010 comme coopér-acteur avec E-Changer au Brésil. Le premier projet était avec le Mouvement des Paysans Sans Terre (MST). Pendant huit ans il accompagnait la construction du secteur national de l'informatique et l'inclusion numérique. Entre 2008 et 2010, Pascal a travaillé avec la Secoya - Service et Coopération avec le Peuple Yanomami - à Manaus. Actuellement il vit à Brasília, la capitale du Brésil.

     

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    Cimi : Conseil Indigeniste Missionnaire 

    Le Conseil Indigéniste Missionnaire, le Cimi, est apparu en 1972, quand peu de gens croyaient à la possibilité des peuples indigènes d’avoir un futur propre à eux, que non sa disparition ou bien son accaparement par la « société nationale ». Un groupe de missionnaires a fait l’ « option pour les peuples indigènes », en proposant la rupture avec le modèle de développement en cours à travers une action pastorale spécifique, intégrale et articulée – le Cimi. Jusqu’à présent le Cimi travaille côte à côte avec les peuples indigènes à fin de soutenir la continuité de leurs projets de vie.

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